Les pédiatres de ville ont peur de disparaître du paysage médical
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La réforme des études médicales pour
remédier aux spécialités "sinistrées"
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LES PEDIATRES
ont fait cause commune avec les gynécologues. Un comité de défense de la gynécologie
et un collectif des pédiatres libéraux se sont récemment rapprochés pour dénoncer la
" disparition " programmée de leur profession. Leurs craintes sont non
seulement liées au problème du non- renouvellement de leurs effectifs dans un avenir
proche, mais aussi à la réforme des études médicales actuellement en préparation au
ministère de l'éducation nationale et au secrétariat d'Etat à la santé.
Confrontés à la réduction du
nombre d'étudiants dans leur spécialité, ils estiment que, " dans vingt ans, les
gynécologues et pédiatres non hospitaliers auront disparu ". Au 1er janvier 1997,
on comptait par exemple 4 657 gynécologues obstétriciens (dont 3 352 installés en
libéral), dont près d'un quart étaient âgés de plus de cinquante ans. Alors que 75 à
85 gynécologues obstétriciens sont formés chaque année, les experts ont calculé
qu'environ 125 praticiens sortiront de la discipline en l'an 2000, 216 en 2003 et 270 en
2007. La relève ne sera donc pas assurée. L'équation est la même dans d'autres
spécialités, et particulièrement chez les anesthésistes- réanimateurs, dont les
effectifs seront, à moyen terme, déficitaires ( Le Monde du 16 janvier).
La réforme des études médicales
doit permettre de remédier à ces carences annoncées. Ses modalités sont en cours de
discussion mais, dans l'entourage de Bernard Kouchner, on précise que la modification du
deuxième cycle des études médicales devrait entrer en vigueur pour la rentrée
universitaire de 1999 et celle du troisième cycle en 2001. Pour autant, la réflexion sur
le premier cycle et sur le fameux numerus clausus, qui fixe par faculté les quotas
d'étudiants admissibles en deuxième année, a été différée.
SELECTION PAR L'ECHEC
Le projet de réforme prévoit
notamment la suppression du concours de l'internat, une spécificité française qui
constitue la seule voie de formation des médecins spécialistes et qui, de facto, opère
une sélection par l'échec des futurs généralistes. En plus des six filières de
spécialisation existantes (spécialités médicales, spécialités chirurgicales,
biologie médicale, psychiatrie, médecine du travail et santé publique), la création de
nouvelles filières spécifiques est envisagée : la gynécologie-obstétrique,
l'anesthésie- réanimation et la pédiatrie. Le troisième cycle
de médecine générale pourrait en outre être allongé de deux ans et demi (sa durée
actuelle) à trois ans, et ce afin de permettre aux généralistes de prendre en charge
certains actes actuellement réservés aux spécialistes et d'approfondir leur formation
en gynécologie obstétrique, en pédiatrie et en médecine
d'urgence. " Le projet de réforme des études médicales prévoit que, dans quelques
années, ce seront les médecins généralistes qui prendront en charge, en cabinet
libéral ou en dispensaire, la surveillance et le traitement des nourrissons et des
enfants, ainsi que le suivi gynécologique des femmes (grossesses, frottis cervicaux,
infections gynécologiques, contraception, traitements hormonaux et substitutifs) ",
s'émeuvent gynécologues et pédiatres .
Il est vrai que les pouvoirs publics
cherchent aujourd'hui à renforcer la place du médecin généraliste, pour en faire le
pivot du système de soins. Un tel bouleversement des pratiques et des mentalités prendra
du temps et n'ira pas sans soulever de nombreuses difficultés, liées notamment à des
questions de concurrence au sein du corps médical.
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LAURENCE FOLLEA
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Les
pédiatres de ville ont peur de disparaître du paysage médical
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TROIS QUESTIONS A ... ALDO NAOURI
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1 Vous êtes
pédiatre libéral, spécialiste des relations intrafamiliales. Estimez-vous que votre
profession est menacée ?
Si la formation des pédiatres n'est
pas adaptée, on va vers la mort de la pédiatrie. Pour rattraper
les dégâts de la guerre, la France de la reconstruction a fabriqué des pédiatres qui
sont parvenus à diminuer considérablement la mortalité infantile. Les généralistes se
sont inspirés de leurs pratiques. Aujourd'hui, les bébés sont extrêmement sains, et la
pratique des pédiatres oscille entre une médecine vétérinaire des petits maux et une
place de conseiller en élevage des enfants. 2 Quel serait le meilleur choix pour assurer
leur survie ?
Dans la première direction, nous
nous trouvons en conformité avec une logique comptable inattaquable. Ce que le
gouvernement demande de façon codée aux pédiatres, ce n'est pas d'être des médecins
humanistes mais d'assurer la bonne santé physique des patients en générant un minimum
de dépenses. Ce que peuvent faire les généralistes, sans différence notable sur le
plan de la mortalité infantile. Mais les généralistes sont tellement maltraités par
les conditions financières de leur exercice qu'ils n'ont guère le temps d'aider à la
rencontre entre les parents et leur enfant, cet inconnu qui vient malmener le couple. Les
problèmes qui ne demandaient qu'à s'exprimer ne s'exprimeront plus, et seront transmis,
sous une forme amplifiée, à l'enfant. On bricolera sans doute un système d'aide
psychologique pour tenter de réparer les dégâts... 3 L'avenir est-il donc aux
pédiatres " conseillers en élevage " ?
Probablement, car les familles sont
très demandeuses de conseils. L'enfant est devenu une valeur refuge dans un monde dont
l'hostilité est de plus en plus flagrante. Ce qui explique le surinvestissement et la
focalisation des parents sur leurs enfants. Rien, hélas, ne forme les pédiatres à ce
rôle de conseil, spécificité de la pédiatrie de ville. Ils
sont démunis, alors ils innovent avec ce qu'ils ont en eux en tant qu'humains. Le mieux
que l'on puisse faire serait de revoir les études de pédiatrie,
qui forment des savants ayant rarement l'occasion d'utiliser leur science. Durant un tel
cursus, il n'est jamais question des parents, ni d'affect, d'émotion, de lien. L'enfant
est seulement un corps.
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PROPOS RECUEILLIS PAR PASCALE KREMER
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Les pédiatres de ville
ont peur de disparaître du paysage médical
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La réforme des études médicales pour
remédier aux spécialités "sinistrées"
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LES PEDIATRES
ont fait cause commune avec les gynécologues. Un comité de défense de la gynécologie
et un collectif des pédiatres libéraux se sont récemment rapprochés pour dénoncer la
" disparition " programmée de leur profession. Leurs craintes sont non
seulement liées au problème du non- renouvellement de leurs effectifs dans un avenir
proche, mais aussi à la réforme des études médicales actuellement en préparation au
ministère de l'éducation nationale et au secrétariat d'Etat à la santé.
Confrontés
à la réduction du nombre d'étudiants dans leur spécialité, ils estiment que, "
dans vingt ans, les gynécologues et pédiatres non hospitaliers auront disparu ". Au
1er janvier 1997, on comptait par exemple 4 657 gynécologues obstétriciens (dont 3 352
installés en libéral), dont près d'un quart étaient âgés de plus de cinquante ans.
Alors que 75 à 85 gynécologues obstétriciens sont formés chaque année, les experts
ont calculé qu'environ 125 praticiens sortiront de la discipline en l'an 2000, 216 en
2003 et 270 en 2007. La relève ne sera donc pas assurée. L'équation est la même dans
d'autres spécialités, et particulièrement chez les anesthésistes- réanimateurs, dont
les effectifs seront, à moyen terme, déficitaires ( Le Monde du 16 janvier).
La réforme des études médicales
doit permettre de remédier à ces carences annoncées. Ses modalités sont en cours de
discussion mais, dans l'entourage de Bernard Kouchner, on précise que la modification du
deuxième cycle des études médicales devrait entrer en vigueur pour la rentrée
universitaire de 1999 et celle du troisième cycle en 2001. Pour autant, la réflexion sur
le premier cycle et sur le fameux numerus clausus, qui fixe par faculté les quotas
d'étudiants admissibles en deuxième année, a été différée.
SELECTION PAR L'ECHEC
Le projet de réforme prévoit
notamment la suppression du concours de l'internat, une spécificité française qui
constitue la seule voie de formation des médecins spécialistes et qui, de facto, opère
une sélection par l'échec des futurs généralistes. En plus des six filières de
spécialisation existantes (spécialités médicales, spécialités chirurgicales,
biologie médicale, psychiatrie, médecine du travail et santé publique), la création de
nouvelles filières spécifiques est envisagée : la gynécologie-obstétrique,
l'anesthésie- réanimation et la pédiatrie. Le troisième cycle
de médecine générale pourrait en outre être allongé de deux ans et demi (sa durée
actuelle) à trois ans, et ce afin de permettre aux généralistes de prendre en charge
certains actes actuellement réservés aux spécialistes et d'approfondir leur formation
en gynécologie obstétrique, en pédiatrie et en médecine
d'urgence. " Le projet de réforme des études médicales prévoit que, dans quelques
années, ce seront les médecins généralistes qui prendront en charge, en cabinet
libéral ou en dispensaire, la surveillance et le traitement des nourrissons et des
enfants, ainsi que le suivi gynécologique des femmes (grossesses, frottis cervicaux,
infections gynécologiques, contraception, traitements hormonaux et substitutifs) ",
s'émeuvent gynécologues et pédiatres .
Il est vrai que les pouvoirs publics
cherchent aujourd'hui à renforcer la place du médecin généraliste, pour en faire le
pivot du système de soins. Un tel bouleversement des pratiques et des mentalités prendra
du temps et n'ira pas sans soulever de nombreuses difficultés, liées notamment à des
questions de concurrence au sein du corps médical.
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LAURENCE FOLLEA
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PROPOS RECUEILLIS PAR
PASCALE KREMER
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