TOUCHE PAS A MON PEDIATRE
La pédiatrie libérale, qui est
née dans les années 1960 et a connu une période faste entre 1970 et 1990, est en train
de disparaitre tout doucement. Si rien ne se passe, la fin est inéluctable vers 2015.
Un syndicat au "garde à vous" |
Or, il ne se
passait rien jusqu'à une date récente.Le Pr Royer pouvait bien déclarer que 50
pédiatres formés chaque année était un bon chiffre, personne ne protestait; la
S.F.P.(Société Française de Pédiatrie), toute puissante et exclusivement
hospitalière, faisait la pluie et le beau temps, les pédiatres libéraux étant leur
dernier souci ; le S.N.P.F.(Syndicat National des pédiatres français)était au garde à
vous.
Au début des années 1980, des
pédiatres entreprenants,Claude Dilain et Irène Limnios, à la tête du
G.P.R.P.(Groupement des pédiatres de la Région Parisienne), ont tenté de réveiller le
Syndicat National. Ils se sont vite heurtés au poids des notables, au manque
d'ouverture,à l'absence de volonté de changement. L'état d'esprit n'a pas changé
puisque, élus au Conseil d'Administration du G.P.R.P. en 1997, deux d'entre-nous ont
été confrontés aux mêmes blocages: une seule politique était valide, celle du
président, et tous ceux qui la contestaient ou qui voulaient explorer d'autres voies
étaient des hérétiques irresponsables, coupables du crime de lèse-majesté. Tout
allait bien, n'est-ce pas, et quel besoin de se remettre en question ?
Et bien non, tout n'allait pas bien;
la situation actuelle était même prévisible depuis longtemps, mais personne, parmi les
dirigeants pédiatriques, n'a tiré la sonnette d'alarme en disant:"attention, on
court au désastre!" On fait tout de même des Assises Nationales de la Pédiatrie en
1995; où l'on entend des propositions complètement surréalistes type restreindre le
champ de la pédiatrie libérale à certains âges-clés et où il apparaît que les
Mandarins ne connaissent absolument rien à la pédiatrie de terrain. Et ces Assises, pour
quel résultat ? A quoi a servi cette "Grand Messe" ? A part, pour les
initiateurs , à se faire plaisir et se montrer en présence d'une Ministre, nous
cherchons encore; depuis, notre situation s'est un peu plus dégradée...
Et puis il y eut "l'Affaire du
Vaucluse" qui a mobilisé les pédiatres en 1997. Souvenez vous: le directeur de la
C.P.A.M. du Vaucluse avait décidé de ne plus rembourser les patients qui ne passeraient
pas chez le généraliste avant d'aller voir le spécialiste, y compris donc les
pédiatres. Emotion, indignation dans la profession, création d'un Collectif de
pédiatres dans le 93 et dans d'autres départements.En octobre 1997, A.G. houleuse du
S.N.P.F. à Paris; nos responsables syndicaux, prêts à accepter la notion de
"pédiatre référent" suggérée par la C.N.A.M., se rétractent bien vite sous
la pression de la salle. On entend à cette occasion des propositions interessantes faites
par des pédiatres "de base": mobiliser les parents, leur faire signer une
pétition, organiser une grande manif, réunir les divers professionnels de l'Enfance en
un vaste mouvement.
Fin 1997, les pédiatres étaient
donc très motivés et mobilisés; ils n'attendaient plus qu'une stratégie soit mise en
place pour aller plus loin et faire connaître leurs revendications au plus haut niveau.
Désemparés mais toujours dignes, leurs dirigeants syndicaux ont décidé qu'il était
urgent ... d'attendre. Quelle occasion manquée !
Ne pas faire de vagues... |
Les responsables du S.N.P.F.
rencontrent des conseillers ministériels, des dirigeants de la C.N.A.M. et des syndicats,
c'est leur travail; leurs adhérents leur ont donné mandat pour celà; mais quelles sont
les retombées de ces rencontres ? Le Pr Rey, conseiller de Claude Allègre, déclare ne
pas pouvoir former plus de pédiatres pour l'instant, mais fait de vagues promesses pour
l'avenir: OK, on avalise cette position; Bernard Kouchner promet 220 pédiatres formés en
2000: triomphalisme au Syndicat "Voyez comme nous sommes efficaces!" mais les
220 se sont transformés en 140; ça ne fait rien, le S.N.P.F entonne son refrain
favori:"de toutes façons, on a fait tout ce qu'il fallait, on ne peut pas faire
plus; mais surtout, ne vous inquiétez pas,on s'occupe de tout !" On ne mobilise
surtout pas les confrères, celà pourrait faire des vagues !
Depuis 20 ans, les dirigeants
du S.N.P.F. n'avaient pratiquement pas bougé et étaient surtout soit à activité
hospitalière prédominante, soit retraités ...! Il a fallu attendre 2001 pour qu'un
pédiatre libéral secteur 1 prenne les commandes du Syndicat.
Puisque le syndicat
était paralysé, il fallait donc que les pédiatres de terrain prennent leur destin en
main: comment fédérer les différents Collectifs qui s'étaient créés spontanément,
pour en faire un mouvement crédible et efficace ? Créer un nouveau syndicat ? C'était
diviser encore un peu plus les pédiatres. (il y avait à l'époque 2 syndicats
"frères ennemis" en région parisienne) La création d'une Association Loi
1901, nous permettait d'être libres de toute attache syndicale ou politique, de bannir la
langue de bois, et de représenter vraiment les pédiatres de terrain, tout en
aiguillonnant(cf notre logo) en permanence SNPF et SFP afin de les faire bouger...
Le Collectif des pédiatres libéraux est né officiellement le 06 Octobre 1998.
Voilà le constat simple auquel nous
sommes parvenus: ne rien attendre de structures traditionnelles déconsidérées et opter
pour une mobilisation directe des pédiatres, des familles, et la diffusion la plus large
du problème dans les média afin de faire reculer les politiques dans leur projet
d'enterrer notre spécialité; la pédiatrie libérale bouge encore ...
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